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Actualités des thérapies et des thérapeutes
Aimer nous rend vulnérables

La St Valentin approche à grand pas. Chaque année, nous nous interrogeons sur le sens que nous donnons à cette fête, elle peut nous agacer, nous faire envie ou nous émouvoir.
Tomber amoureux n’est jamais le fruit du hasard, parce qu’il faut être disponible émotionnellement. Ainsi une personne déprimée ou travaillant intensément n’aura pas la vacuité intérieure pour être réceptive à une rencontre, plus encore il apparaît que l’on tombe amoureux parce que l’on entrevoit dans cette rencontre, la possibilité de réparer, inconsciemment, une blessure propre à son histoire personnelle. Dès lors, la personne rencontrée « par hasard » ( l’ironie du coup de foudre est de faire croire qu’il y a bel et bien hasard ! ) canalise tous les désirs et représentations inconscientes aptes à réparer ces blessures.

Mais attention ! Au mirage de l’amour, qu’il faudra dépasser, pour construire un lien solide, profond qui nous rendra sensible à l’autre et nous permettra d’apprendre et d’aimer qui il est vraiment avec ses forces et ses faiblesses, ses qualités et ses défauts. Un couple ne l’oublions pas c’est une création, une construction qui demande des étapes, des remises en questions, des satisfactions, des déceptions qu’il faudra surmonter mais c’est le prix du bonheur d’être à deux.

Aimer nous rend vulnérables. Des craintes héritées de notre enfance émaillent notre vie affective : la fusion, la rupture, l’attachement.
Explications avec Didier Lauru, psychiatre et psychanalyste, spécialiste de l’amour et de ses débordements.

Par Propos recueillis par Isabelle TAUBES, republicain-lorrain.fr le 20/08/2012

Pourquoi, selon vous, l’amour fait-il si peur ?
Didier Lauru : “ D’abord parce que ce sentiment merveilleux et exaltant possède un second visage, fait, lui, d’aliénation, de peine et de souffrance. Dès la rencontre initiale se profile le spectre de la fin, où l’amoureux délaissé n’est plus qu’un écorché vif. L’amour a également ceci d’effrayant que j’ignore pourquoi je suis amoureux de cette personne en particulier. Ce mystère m’échappe et, bien que nécessaire au jeu amoureux, me donne envie de fuir. La séparation, fréquente, entre sentiment et désir sexuel a pour fonction de nous protéger de l’amour en le mettant à distance. Longtemps essentiellement masculine, cette dissociation touche désormais les femmes qui, de plus en plus, choisissent des partenaires sexuels auxquels elles pensent être sûres de ne pas s’attacher.
Les deux sexes sont-ils aujourd’hui à égalité face à cette peur d’aimer ?
“ Oui. Mais n’aimant pas de manière identique, ils ne redoutent pas tout à fait les mêmes catastrophes. L’homme veut tout donner à sa partenaire. Aussi, en cas de rupture, se sentira-t-il vidé, réduit à rien. La femme préfère être aimée et appréhende donc plutôt la blessure d’amour-propre, de se sentir abandonnée. Lui craint de devenir le toutou de madame, sa chose ; elle a peur de devenir son objet sexuel. Cela dit, notre façon personnelle d’avoir peur d’aimer est liée davantage à notre histoire, aux scénarios intérieurs que nous nous sommes forgés qu’à notre appartenance sexuelle. ”
A quoi rime l’incessant jeu de cache-cache auquel se livrent tant d’amoureux ?
“ Il exprime la peur de l’engagement. Les désirs énigmatiques de l’autre, déjà, sont angoissants, et voilà qu’il nous faudrait nous engager. En devenant tout pour un être, je perds ma liberté d’action. Je vais être forcé de l’aimer. C’est d’autant plus problématique que, dans mon inconscient, j’ai conservé le souvenir d’avoir été, enfant, le centre du monde pour ma mère, puis d’avoir été brutalement délogé de cette place : elle aimait aussi d’autres personnes. Et cette désillusion s’est inscrite en moi comme le souvenir d’un abandon terrible dont je redoute la répétition.
La mère a-t-elle autant d’importance pour les hommes et pour les femmes ?
“ Oui, car, Freud le disait déjà, toute relation amoureuse a pour prototype l’enfant au sein. En aimant, nous nous retrouvons petit enfant, vulnérable. L’être aimé s’apparente à une mère toute-puissante, toujours susceptible d’abuser de notre faiblesse. Il est paré de toutes les perfections, nous ne sommes pas grand-chose ! Nous, psychanalystes, rencontrons des patients incapables de toucher une femme dont ils sont amoureux car, dans leur imaginaire, elle se confond avec leur mère, sacrée. ”
Cette attitude est extrême…
“ Oui, bien sûr. Mais elle reflète une tendance très commune. Choisir un (e) partenaire d’une autre couleur de peau, d’une ethnie totalement différente, fait partie des stratagèmes les plus courants pour tenter d’éviter une situation trop proche de ses désirs œdipiens. Bien qu’il soit impossible de prédire le destin amoureux d’un individu, il n’aura sans doute pas le même rapport à l’amour s’il a eu une mère indifférente, dépressive ou, à l’inverse, étouffante. Une chose est sûre : la façon dont il aura été aimé par elle influera notablement sur son devenir amoureux.
Pour oser s’aventurer au pays de l’amour, il faut avoir été aimé, nous dit la psychanalyse. Pourquoi ?
“ La question n’est pas d’avoir été aimé ou non – même les orphelins rencontrent à un moment ou un autre un adulte avec qui peut se développer une relation affective. L’essentiel est : mon entourage précoce m’a-t-il permis de constituer un narcissisme, un amour de soi, structurant et rassurant ? Car c’est ce dernier qui donne la possibilité de construire une relation amoureuse. La façon dont les parents se sont aimés joue aussi un rôle important. Le divorce atteint forcément l’enfant, hypersensible aux séparations. Selon mon expérience, cela peut susciter chez lui deux attitudes opposées. Ou il prendra le contre-pied : " Moi, je vais construire un couple qui marche " ; ceux qui adoptent cette position s’engagent généralement très tôt dans une relation durable, mais les analystes ne sont pas dupes : il s’agit là d’une stratégie inconsciente pour chasser la peur de l’abandon. Ou bien il refusera de s’engager dans une histoire qui dure : dès que se pose la question de l’installation en couple ou, pis, de l’enfant, ce sera la fuite. ”
Y a-t-il un degré de peur qui empêche d’être amoureux ?
Je crois l’amour plus fort que tout. L’expérience du coup de foudre en est la meilleure preuve. Quand il vous tombe dessus, impossible de résister. Quel que soit votre âge, vous redevenez temporairement un bébé, incapable de s’exprimer verbalement, sidéré, fasciné par le regard de sa "mère" – son ou sa partenaire. Effrayant ? Cet état sera transitoire, l’amour ne dure pas, mais sur le moment, il est imparable. On ne choisit pas de tomber amoureux, on l’est, car quelque chose en nous – nos défenses, nos peurs – tombe. Le tout, en fait, est de savoir combien de temps on va hésiter à s’engager dans l’histoire. Même si, au début, on se dit " Méfiance, méfiance, j’ai déjà connu ça et ça s’est mal terminé ", si l’on est réellement amoureux, on ne résistera pas longtemps… ”

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