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Actualités des thérapies et des thérapeutes
Comment faire le deuil de l’être aimé ?





Perdre un être cher est l’expérience la plus éprouvante qui soit. Tour à tour une multitude d’émotions émergent. Comment comprendre cette souffrance ? Et pas à pas la surmonter ? On pourrait croire que les premiers mois qui suivent la perte de la personne aimée sont les plus difficiles et on découvre qu’il n’en est rien, la peine prend un autre aspect, une autre tonalité et il n’est pas rare qu’elle soit plus intense 6 à 8 mois après le décès.

Cette évolution est prévisible, elle correspond à la 3 ème étape du processus de deuil.
La question que l’on se pose très souvent durant cette 3 ème étape est de savoir si ce que l’on est en train de vivre correspond à un vécu dépressif "normal" ou s’il s’agit d’une complication de ce vécu dépressif vers une véritable dépression-maladie. Il faut être prudent car on a souvent tendance à voir de la dépression là où il n’y en a pas. Cette étape est normale et il est important de le savoir pour mieux la traverser.

Comment faire le deuil de l’être aimé ? Ce processus, aussi long que complexe, suit pourtant une évolution immuable, en quatre étapes. Les explications du psychiatre Christophe FAURÉ
Publié le 27/03/2014 dans l’Express style psycho

Quand le silence s'installe dans la chambre d'hôpital, quand un appel de la Police annonce l'irrémédiable... En un instant, la vie bascule.
Ces évènements signent l'entrée dans ce qu'on appelle le processus de deuil.
Mais que sait-on du deuil ? N'y a-t-il pas notion plus mal comprise que celle-ci et, l'ignorance qui l'entoure dans notre société, n'est-elle à l'origine de tant de souffrances inutiles ? Pourtant, loin de parler d'oubli ou de "tourner la page" comme on se le représente habituellement, le deuil porte l'authentique promesse de la préservation du lien avec la personne aimée : c'est un chemin dont l'essence même est de passer d'une relation extérieure, "objective" au quotidien, à une relation intérieure, "subjective", par delà la mort. Il invite à intégrer, dans sa vie et dans son être, la présence intime de la personne disparue, tout en continuant le cours de son existence, sans culpabilité ni vécu de trahison. Ceci n'est pas une vaine promesse : c'est une réalité sans cesse confirmée par ceux qui l'ont traversée, même si, dans les premières années, cela leur semblait totalement impossible.

Le deuil, un processus de cicatrisation.
La blessure de la perte est violente et profonde et le chemin, long et aride. Tout comme notre corps mobilise ses ressources quand il doit cicatriser une blessure physique, notre esprit met en oeuvre une intelligence innée qui permet la cicatrisation de cette "plaie du coeur".
Le deuil, c'est ce processus indispensable dont la finalité est de préserver notre intégrité psychologique et émotionnelle, tout en construisant, en parallèle, un lien intérieur avec la personne disparue. Ce processus inconscient de cicatrisation est au delà de nous et de notre volonté. Il nous est simplement demandé de l'accueillir avec sagesse, courage et humilité, en le laissant se dérouler, à son rythme, dans les tréfonds de notre être. S'y opposer et tenter de "passer en force" par la volonté et le contrôle des émotions est inutile et dérisoire : c'est rajouter de la souffrance à la souffrance. Le deuil exige de nous douceur et patience. Tout comme une plaie physique nécessite des soins réguliers, il nous est demandé de mobiliser une égale attention pour celle du manque et de l'absence: il nous faut beaucoup de temps (en termes d'années...) pour accepter la réalité de ce décès à tous les niveaux de notre être. Ce n'est qu'à cette condition qu'il deviendra, petit à petit, acceptable de vivre à nouveau, en accueillant en dépit de tout ce que la vie a encore à nous offrir.

Une évolution en quatre étapes.
La connaissance des étapes du processus de deuil est indispensable pour ne pas se perdre dans les méandres de la douleur. Il est extrêmement rassurant de savoir que ce que l'on vit n'est pas "anormal" ou "morbide", comme le fait, par exemple, de couvrir de photos tous les murs de son appartement ou encore de continuer à payer, pendant des mois, un forfait téléphonique pour conserver la voix de la personne aimée sur sa messagerie.
Tant de besoins et de comportements qui sont parfois jugés "malsains" par un entourage ignorant la réalité du processus, alors que ces attitudes ne sont que l'expression normale et naturelle d'un deuil qui se déploie harmonieusement. Dans un tel cas, l'entourage pourtant désireux d'aider devient, dans sa maladresse, une paradoxale source de colère ou de frustration.

1 Le choc, la sidération.
L'annonce du décès de la personne qu'on aime est insoutenable. Ainsi, dans les premières heures, il se met en place en nous un mécanisme inconscient de protection psychique qui vise à "anesthésier" partiellement nos émotions. En même temps qu'être plongé dans une insupportable peine, on se sent dans une sorte de fonctionnement automatique où nous sommes capable d'appeler nos proches et d'organiser les obsèques avec un étrange et déroutant détachement.

2 La phase de fuite et de recherche.
Cette deuxième phase dure de 6 à 15 mois après le décès. Durant les premiers mois qui suivent la perte, nous sommes dans une certaine agitation intérieure, reflet d'un (vain) espoir de sortir au plus vite de notre peine. Nous avons aussi besoin de nous reconnecter à la personne disparue, via ses photos ou encore certains de ses vêtements que l'on souhaite porter. Toutes nos pensées, tous nos actes, toutes nos paroles sont tournées vers elle dans un besoin viscéral de préserver le lien avec elle. On peut alors croire que la douleur du deuil peut être maintenue sous contrôle... mais c'est une illusion.

3 La phase de déstructuration.
C'est à ce moment-là que la troisième étape survient : c'est le temps où on prend douloureusement et intimement conscience de l'irrémédiable et de l'impossible retour de la personne aimée. Durant cette période, Ceci est complètement normal et il est essentiel de le savoir et de le comprendre.
Cette étape va s'étaler sur un à trois ans, en fonction de qui était la personne disparue (son conjoint, son enfant, son parent...) et des circonstances de son décès (accident, suicide, longue maladie...). La tonalité émotionnelle de cette étape est un vécu dépressif qui oscille en intensité au fil des semaines.

4 La phase de restructuration.
Enfin, très progressivement, après quelques années, d'imperceptibles changements se font sentir en soi. C'est le temps d'une lente reconstruction qui se décline sur trois axes :
Une redéfinition de notre relation au monde et à autrui petit à petit, on apprend à trouver une autre place dans la relation à autrui. Certes, on se sent différent à tout jamais vis-à-vis des autres mais notre relation au monde devient plus paisible.
Une redéfinition de notre relation à la personne disparue : le lien intérieur avec l'être décédé s'est progressivement pacifié. Il devient profond et intime avec la certitude qu'il demeurera en nous à tout jamais.
Une redéfinition de notre relation à nous même : nous ne sommes plus la même personne après le vécu du deuil. Sommes nous aujourd'hui plus fermé, dans le repli ou l'amertume, ou plus ouvert et tourné vers ce qui compte vraiment, dans une quête d'authenticité et de vérité avec soi même ? C'est tout l'enjeu de ce long chemin.

De l'importance de l'accompagnement.
Même si le vécu du deuil est une expérience d'ultime solitude, nous avons besoin des autres pour être accompagné : les amis, les proches, les parents sont les indispensables témoins de notre peine. Ce sont eux qui constituent le réseau de soutien qui nous aide à "tenir" au fil des années. Mais il est vrai qu'on leur demande beaucoup et que peu d'entre eux sont capables de répondre à ce dont on a besoin. Ils doivent en effet apprendre à écouter une histoire sans cesse répétée au fil du temps, comprenant que c'est dans la constance de leur présence et de leur écoute qu'ils accompagnent réellement le processus de deuil ; ils ont aussi besoin d'apprendre à tolérer le silence et leur impuissance face à des larmes qui ont besoin de couler, sans essayer systématiquement de les neutraliser par de vaines réassurances.
Mais le deuil passe aussi par des temps nécessaires de retrait, de solitude et de rencontre silencieuse avec soi même, par l'écriture, la prière, la méditation, le contact avec la nature. C'est dans cette alternance, maintes fois répétées, entre "être avec les autres" et "être avec soi même" que se construira, petit à petit, un chemin d'apaisement.

C'est à ce prix que l'on parviendra, un jour, à vivre le sens ultime du deuil : honorer la vie et la mémoire de ceux que nous avons perdus et, petit à petit, trouver en nous les ressources pour avancer dans une existence où nous devenons un être humain unique et singulier par le fait même de les avoir aimés et d'en avoir été aimé en retour.

Le Dr Christophe Fauré est psychiatre - psychothérapeute en pratique libérale à Paris. Il est auteur de nombreux ouvrages chez Albin Michel, dont "Vivre le deuil au jour le jour" et "Après le suicide d'un proche" .
www.christophefaure.com

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